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Article de la revue Espoir
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Interview par : Gabrielle Teissier K

                   Bonjour chers Betty et Serge ,

Questions.

Lorsqu’on visite le site de la Fonjafe, on s’aperçoit que votre association est engagée de longue date, comme vous l’êtes vous-même qui avez baptisé votre association du nom de « Jean François Exavier », longtemps réfugié politique, comme vous et comme vous militant et fervent défenseur des droits de l’homme en Haïti. Comment fait-on pour vivre l’exil ? Comment fait-on pour revenir et reprendre pied dans son pays après l’exil ?

Réponse.

 L'exil est vécu de manière contradictoire. On n'a pas choisi de quitter son pays et dans le même temps, on est bénéficiaire d'une situation de protection qu'on ne trouve plus dans son pays.

Cependant, forts des engagements pris auprès de son peuple, on est toujours habité par l'idée du retour. Le notre en Haiti est d'autant plus gravé dans notre mémoire que Bernard, Président de ESPOIR et Claude GERMON, ancien député-maire de Massy ont fait le voyage avec nous, ainsi que d'autres amis français et Haitiens.

La durée de l'exil et la façon dont on l'a vécu en France, déterminent, à notre avis, la facilité ou la difficulté de la réintégration. Pour certains de la population locale, nous étions des "Français", dans un sens positif. Mais notre détermination à mettre au service des autres ce que nous avions appris nous a aidés- malgré des moments très difficiles- à retrouver une place sur notre sol natal.

Questions?

Nous pensions tous, avec vous, qu’après la chute de Duvalier, Haïti pourrait accéder à la liberté. 23 ans après, nous savons que Haïti reste parmi les pays les plus pauvres de la planète. Pourquoi ?

Réponse.

 C'est vrai qu'après le départ des Duvalier, tout le monde pensait que la démocratie allait l'emporter tout de suite en Haiti. Mais malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples. On n'a qu'à lire "La Vague de Démocratisation" dans " L'Histoire de la Démocratie" écrite par Huntzinger. L'Histoire du pays sur les plans culturel, économique, social et politique peut être un élément facilitateur ou bloquant: Le contexte régional et international est un autre facteur secondaire bien sur par rapport au premier. La formation, la vision et la capacité politique des acteurs, de pouvoir jongler avec tous ces facteurs à chaque moment de la politique du pays en vue de prendre le pouvoir politique seul ou en alliance, en vue de trouver une solution susceptible de modifier la vie des citoyens et citoyennes, tout ceci mis l'un dans l'autre, n'est pas toujours facile.

Questions?

Dans le cas d'Haiti, il faut toujours garder son calme, être toujours dans le jeu tout en gardant les yeux rivés sur les valeurs qu'on défend, et prêts à sauter sur les opportunités afin de modifier le rapport de forces dans le sens des intérêts de la majorité et des plus défavorisés.Hier 19 avril 2009 devaient avoir lieu des élections sénatoriales en Haïti. D’après les échos que nous en avons, ces élections ont été annulées dans la région Centre de Haïti pour des raisons de violence. Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ces violences ?

Réponse.

 Depuis l'accession du parti Lavalas au pouvoir, la tendance à introduire la violence dans les élections s'est systématisée. Le candidat violent est de fait celui du Parti UCCADE, néo-Lavalas. De ce fait, dès 6h du matin, lui et son équipe ont emporté toutes les urnes, ce qui a provoqué un tollé à travers tout le pays. Il s'est comporté ainsi parce qu'il était certain que la victoire reviendrait au candidat du Parti de la FUSION des Sociaux –Démocrates. Donc, le candidat de l'UCCADE a joué le tout pour le tout. Mais comme les élections doivent être reprises, nous avons la conviction qu'il ne pourra pas répéter le même scénario.

Nous devons aussi vous signaler que, à travers tout le pays, ces élections, malgré leurs imperfections, ont révélé que la FUSION des Sociaux Démocrates est la principale force politique et démocratique d'Haiti. Nous n'avons pas peur de ce combat politique qui met, pour une fois, en face les violents et les non violents. Les anarchistes et les vrais démocrates, porteurs d'un projet susceptible de faire basculer les choses dans le sens des intérêts du peuple Comme l'entendait Toussaint Louverture.

Questions?

« Haïti est un pays martyr » a écrit sur son blog Rama Yade après avoir participé en avril 2009 à la « conférence des donateurs » qui a été organisée aux Etats-Unis. Pays –légende aussi dit la ministre en parlant de votre pays en référence à Toussaint Louverture, grâce à qui Haïti a été indépendant en 1804. Vous nous aviez parlé de Toussaint Louverture lors du colloque en 2003 et vous nous aviez aussi expliqué l’importance stratégique de la situation géographique de Haïti dans la région, la proximité avec ce que vous avez appelé « l’Empire », les Etats-Unis. Les Etats-Unis d’Amérique ont depuis peu un nouveau président. Cela va-t-il changer quelque chose pour Haïti ?